Ces interrogations ont conduit l’INRA et l’ITAVI à engager une réflexion prospective sur les évolutions à moyen terme des filières volailles de chair et oeuf de consommation en France. La réflexion a associé les compétences et les réseaux professionnels des deux instituts avec comme objectifs de fournir un outil d’aide à la décision pour l’orientation de la recherche et de définir des stratégies collectives d'actions pour la filière française. Elle s’est appuyée sur une équipe INRA-ITAVI, qui a animé et alimenté les réflexions d’un groupe constitué d’experts issus de structures et de disciplines variées. L’exercice s'est intéressé à la filière avicole française, définie ici comme l’ensemble des systèmes d’acteurs directement impliqués à tous les stades, depuis la production jusqu'à la consommation finale. Il s'est plus particulièrement focalisé sur la filière volailles de chair, choisie comme référence pour la construction des scénarios à l'horizon 2025.
A partir des dynamiques passées d’évolution et des questionnements actuels sur l’avenir de la filière avicole française, une quarantaine de facteurs pouvant influencer l’évolution de cette dernière ont été mis en évidence. Ceux-ci ont été hiérarchisés et répartis en quatre composantes majeures qui ont constitué la base de la construction des scénarios : (1) les politiques publiques et les réglementations, internationales, européennes et nationales, (2) la consommation et le comportement des consommateurs et des citoyens, (3) les stratégies des acteurs, notamment de la transformation, et la structuration de la filière, et (4) les innovations scientifiques et techniques. Partant de l'observation des tendances lourdes, des tendances émergentes et des possibilités de rupture, des hypothèses ont été formulées et combinées pour élaborer quatre scénarios.
Après une présentation des dynamiques en cours, le rapport présente en détail les quatre scénarios élaborés ainsi que les différents enseignements transversaux que l’on peut dégager de leur analyse en terme d’enjeux et de leviers d’action, pour la filière, et pour la recherche et le développement.
L’ITAVI en co-financement avec l’Office de l’Elevage, et à la demande de professionnels, a conduit une étude sur la segmentation du marché de la volaille par les modes de valorisation (ou signes de qualité). Cette analyse fournit un éclairage et quelques éléments de réflexion à l’ensemble des acteurs de la filière concernant leurs stratégies de développement des modes de valorisation, selon le segment et le circuit de distribution concernés.
Une actualisation des données concernant la segmentation du marché de la volaille pour les différents circuits de commercialisation, a permis de dresser un état des lieux de la production et de la consommation des différentes volailles de qualité. Puis, à partir d’une quarantaine d’entretiens téléphoniques, ou en face à face, auprès des différents acteurs de la filière (organisations de production, industriels, acteurs de la restauration hors domicile et de la grande distribution), les atouts et faiblesses des différents modes de valorisation des volailles ont pu être mis en évidence, ainsi que les moteurs et freins au développement.
Enfin, les facteurs d’évolution du marché de la volaille à l’horizon 2020 ont été analysés en terme d’opportunités/menaces pour les différents modes de valorisation et les différents circuits de distribution.
Le Label Rouge, signe de qualité historique de la filière, représente aujourd’hui un segment essentiel et moteur du marché de l’entier, en poulet comme en volailles festives. Cette place centrale du Label Rouge au sein de l’entier devrait perdurer grâce à son positionnement qualité. Ses difficultés de positionnement en découpes pourraient être dépassées à la seule condition de baisser le prix des escalopes et des cuisses, à moins que le respect du bien-être animal mis en avant par le Label Rouge devienne un critère prépondérant à l’achat. La baisse durable du pouvoir d’achat serait en outre pénalisante pour les produits chers comme le poulet labellisé ou biologique.
Une concurrence défavorable au Label Rouge pourrait être exercée par la filière avicole biologique, si celle-ci parvient à se structurer et que les céréales biologiques sont suffisamment disponibles. Les produits issus de l’agriculture biologique semblent en effet mieux répondre aux attentes de la société en matière de protection de l’environnement ou de santé-nutrition et sont fortement demandés. Seul le différentiel de prix, dû notamment aux fortes contraintes pesant sur la production française, contient actuellement la hausse de sa consommation. L’interprétation française du règlement européen sur la production biologique aura donc un rôle prépondérant dans le devenir du marché des volailles biologiques.
Sans doute favorisée par le contexte inflationniste actuel en RHD ou même en GMS, la CCP semble pourtant avoir des perspectives de développement plus limitées. Portée essentiellement par les Marques De Distributeurs, la CCP est progressivement remise en cause par certains distributeurs qui envisagent de développer des certifications privées (avec certification par un organisme certificateur indépendant), sans garantie de l’Etat.
En conclusion, trois scénarios prospectifs contrastés ont
été imaginés à l’horizon 2020, focalisés
sur la place accordée aux différents modes de valorisation
sur le marché.
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Dans les deux pays, un travail préalable d’analyse et de synthèse a été conduit et formalisé sous la forme d’une analyse des forces/faiblesses et opportunités/menaces des filières. Cette synthèse présente les principales conclusions de l’analyse des filières avicoles françaises, conduite à partir d’un travail bibliographique et d’interviews auprès d’acteurs majeurs des filières avicoles.
Le principal enjeu pour les filières avicoles françaises
apparaît être celui de l’amélioration de sa compétitivité,
afin d’assurer la viabilité économique et donc la
pérennité de l’activité avicole dans nos régions.
Si les filières avicoles ne génèrent « que
» 60 à 70 000 emplois directs, leur impact social est beaucoup
plus important. Elles contribuent en effet à la santé et
l’équilibre d’autres secteurs. Ainsi, en amont, elles
contribuent au dynamisme de secteurs comme l’alimentation animale,
dont l’activité et la santé financière influent
directement sur la compétitivité d’autres filières
d’élevage locales et sur l’activité économique
régionale dans son ensemble. L’aviculture chair est aussi
un débouché important des filières grandes cultures.
L’activité avicole apporte également un complément
de revenu à de nombreuses exploitations de polyculture élevage,
et garantit ainsi leur pérennité.
Différentes stratégies sont envisageables afin de renforcer
la pérennité de la filière. Elles relèvent
bien sûr en grande partie de stratégies industrielles d’entreprises
mais aussi de stratégies collectives susceptibles d’améliorer
la coordination globale de la filière et d’optimiser le fonctionnement
des bassins de production en relation avec les outils industriels disponibles.
L’évolution du partenariat entre producteurs et industriels
apparaît souhaitable pour rééquilibrer les relations
entre les deux parties et clarifier leurs rôles respectifs. Enfin,
l’anticipation des évolutions de marché et l’adaptation
de l’offre aux nouveaux modes de consommation et attentes du consommateur-citoyen
seront à l’avenir des éléments clés
de la pérennité des entreprises et donc des filières.
Les entreprises devront analyser leurs avantages concurrentiels sur chacun
des segments de marché et définir leurs stratégies
d’approvisionnement, industrielles et marketing en conséquence.
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